Vous le savez peut-être (ou pas) mais près d'un lycéen sur cinq présente aujourd'hui un risque important de dépression en France. Derrière cette information, il y a des jeunes que l'on croise tous les jours : nos enfants, nos neveux/nièces, des ados du voisinage, ceux que l'on accompagne.
Nous avons envie de prendre quelques minutes pour comprendre ce qui se passe vraiment derrière ces chiffres.
Que disent les chiffres ?
Le risque de dépression chez les lycéens n'a cessé de grimper depuis 2018 : environ 13 % en 2018, 15,4 % en 2022, puis 18,9 % en 2024. C'est ce que montre l'enquête EnCLASS de Santé publique France, menée en 2024 auprès de plus de 11 000 collégiens et lycéens et publiée en juin 2026.
Quelques autres repères de cette même enquête, chez les lycéens :
- 58 % disent manquer d'énergie, 44 % ont du mal à se concentrer, 42 % se sentent découragés.
- Près d'1 sur 5 dit se sentir seul la plupart du temps ou tout le temps.
- 20 % ont eu des pensées suicidaires dans l'année, et 15 % déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie (+2 points depuis 2022).
Tout n'est pas sombre, et c'est important de le dire. Entre 2022 et 2024, le bien-être général s'est amélioré (63 % des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être, +12 points) et le sentiment de solitude a reculé. Les chercheurs y voient l'effet du retour à une vie sociale normale après le Covid. Mais les formes les plus lourdes de souffrance, elles, ne reculent pas, et la santé mentale se dégrade au fil du collège, sans vraiment s'améliorer au lycée. Autrement dit : c'est entre 13 et 18 ans que beaucoup de choses se jouent.
Ce constat dépasse le lycée : selon une enquête de l'Institut Montaigne, de la Mutualité Française et de l'Institut Terram (2025), un jeune de 15 à 29 ans sur quatre présente des signes de dépression, alors que seuls 14 % s'estiment en mauvaise santé mentale. Beaucoup de personnes sont donc en souffrance mais sans forcément être capable de mettre de mots dessus.
En 2025, les signaux restent dans le rouge
La santé mentale a été déclarée grande cause nationale en 2025, et les études parues cette année-là confirment la tendance. Comme vu précédemment :
- 1 jeune de 15 à 29 ans sur 4 présente des signes de dépression (27 % des jeunes femmes, 22 % des jeunes hommes). Enquête Ipsos d'avril 2025 auprès de 5 633 jeunes, pour l'Institut Montaigne, la Mutualité Française et l'Institut Terram.
- 40 % des 11-15 ans présentent des symptômes dépressifs plus ou moins sévères, dont 17 % à un niveau modérément sévère ou sévère. 45 % seraient concernés par des troubles anxieux. Baromètre Ipsos du moral des adolescents, mars 2025.
- Aux urgences, les passages pour idées ou gestes suicidaires chez les moins de 18 ans ont continué d'augmenter entre 2022 et 2025. Santé publique France, bulletin de décembre 2025.
- 13 % des 15-29 ans ne savent pas vers qui se tourner quand ça ne va pas. Institut Montaigne et partenaires, 2025.
Autrement dit, la souffrance est là, mais elle reste souvent invisible, y compris aux yeux des jeunes eux-mêmes.
Les jeunes filles/femmes, en première ligne
Une lycéenne sur quatre (25,7 %) présente un risque important de dépression, contre 11,7 % des garçons. L'écart existe à tous les niveaux et il s'est malheureusement creusé depuis 2018.
- Solitude : 25 % des lycéennes en souffre, contre 14 % des lycéens.
- Envie de mourir : 21 % des lycéennes l'ont ressentie, contre 12 % chez les lycéens.
- Hospitalisations : en 2024, les hospitalisations pour tentative de suicide ou automutilation ont encore augmenté de 14 % en un an chez les femmes de 15 à 19 ans, et de 22 % chez les 10-14 ans (DREES).
Les jeunes garçons ne sont pas épargnés pour autant : leur risque de dépression a bondi de 8 % à 11,7 % entre 2022 et 2024. Le facteur de parole est à prendre aussi en compte car ils en parlent souvent moins, pris dans l'idée qu'un « vrai homme » ne montre pas qu'il va mal.
Pourquoi maintenant ?
Il n'y a pas une cause unique à cela, mais un empilement de pressions que les études citent régulièrement :
- Les écrans et les réseaux sociaux : comparaison permanente, pression sur l'image du corps, cyberharcèlement. Les jeunes filles y sont plus exposées.
- Moins de sommeil, moins de sport : deux piliers de l'équilibre qui s'effritent.
- La pression scolaire et l'incertitude sur l'avenir, nous le voyons actuellement avec les manifestations pour l'égalité des chances face à l'éducation.
- Un monde anxiogène : Le Covid l'un des premier dénominateur, les guerres, l'inflation, le coût de la vie qui fait grimper les inégalités, les craintes vis à vis du climat, et bien d'autres encore. 94 % des 15-29 ans se disent inquiets pour au moins un de ces grands enjeux.
- La précarité : 47 % des jeunes en grande difficulté financière présentent des signes de dépression, contre 16 % de ceux qui n'en ont pas.
Ce ne sont pas des fatalités mais cela aide à comprendre que leur mal-être n'est ni un caprice, ni « une crise d'ado » comme une autre. Il faut ouvrir la discussion et laisser place à l'expression des émotions.
Des signaux qui peuvent vous alerter
La dépression chez un ado ne ressemble pas toujours à de la tristesse, ceci est un mythe grandement partagé. Elle prend souvent la forme de nervosité ou d'irritabilité, les deux plaintes les plus fréquentes chez les collégiens.
Nous vous invitons à être vigilant et à repérer au plus tôt ces signes :
- une fatigue qui dure, un manque d'énergie pour tout ;
- des difficultés de concentration, des résultats en chutent ;
- de l'irritabilité (plus que d'habitude), de la nervosité, des pics de colères inhabituels ;
- un repli sur soi: il ou elle voit moins ses amis, lâche ses activités (manque de motivation) ;
- un sommeil perturbé ou diminué ;
- du découragement, des phrases du type " à quoi bon " , la perte de sens.
Un seul de ces signes ne veut pas forcément dire grand chose pour vous mais c'est quand ils durent ou qu'ils s'accumulent qu'il faut s'arrêter et se poser la question " Est-ce que mon enfant va vraiment bien ? ".
Ce que l'on peut faire, nous, autour d'eux
Pas besoin d'être psy pour aider. Aujourd'hui seulement 38 % des personnes de 15-29 ans ont déjà parlé de leur santé mentale à un professionnel de santé : souvent, le premier pas passe par un adulte de confiance (Parent, prof, coach, voisin, grand frère ou simple passant attentif).
- Poser la question, simplement. « Comment tu vas, vraiment ? » Et prendre le temps d'écouter la réponse.
- Accueillir sans minimiser. Éviter un « ça va passer » ou un « à ton âge, j'avais pire » (augmentation du sentiment de culpabilité).
- Rester présent dans la durée. Un message, un repas, une balade. La régularité compte plus que le grand discours.
- Oser parler du suicide si on sent que ça va très mal, il ne faut pas hésiter à verbaliser. En parler ne donne pas l'idée ou ne pousse pas à l'acte mais cela ouvre une porte de sortie.
- Orienter vers de l'aide, et accompagner si besoin : médecin traitant, infirmière scolaire, Maison des adolescents, psychologue ou psychiatre.
Des numéros à garder sous la main :
- 3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24 et 7j/7, pour les jeunes comme pour les proches inquiets.
- Fil Santé Jeunes : écoute anonyme et gratuite pour les 12-25 ans. filsantejeunes.com
- Psycom et Santé mentale info service pour s'informer et trouver un lieu d'aide près de chez soi. psycom.org · santementale-info-service.fr
Sources
- Santé publique France — EnCLASS 2024, santé mentale des collégiens et lycéens (juin 2026)
- Santé publique France — EnCLASS 2022
- DREES — Hospitalisations pour gestes auto-infligés, données 2024 (juin 2025)
- Pourquoi Docteur — Enquête Institut Montaigne / Mutualité Française / Institut Terram (2025)
- Weka — 25 % des jeunes Français en dépression (sept. 2025)



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